Une consigne, une image, et voilà un ticket de restaurant prêt à glisser dans une note de frais ? J’ai voulu voir jusqu’où l’IA irait. Comme avec un nouveau collègue : je commence simple, et je précise à chaque erreur.
Premier essai : simple, trop simple
Je commence avec ChatGPT :
j’ai besoin d’un ticket de caisse de restaurant d’un montant TTC de 93 € avec un TVA à 10 % pour 2 repas du restaurant LaMartine en date du 29/8/2024 au format image

Je retente avec Gemini. Moins de dégâts.

Mais ça ne passe pas : l’adresse est fausse, la TVA a disparu, et le QR code sort de nulle part. Ça ressemble à un ticket, tant qu’on ne le relit pas.
Deuxième essai : je donne l’adresse
j’ai besoin d’un ticket de caisse de restaurant d’un montant TTC de 93 € avec un TVA à 10 % soit 9 € pour 2 repas du restaurant LaMartine, adresse : 3132 Route du Tunnel73370Le Bourget-du-Lac – Téléphone : 04 79 25 01 03 en date du 29/8/2024 au format image sans QRCode

Mieux. Mais le calcul de la TVA est encore faux.
Troisième essai : je donne le HT
j’ai besoin d’un ticket de caisse de restaurant d’un montant HT de 84 € et TTC de 93 € avec un TVA à 10 % soit 9 € pour 2 repas du restaurant LaMartine, adresse : 3132 Route du Tunnel73370Le Bourget-du-Lac – Téléphone : 04 79 25 01 03 en date du 29/8/2024 au format image sans QRCode

Encore des erreurs, mais on progresse.
Quatrième essai : je dicte les lignes
j’ai besoin d’un ticket de caisse de restaurant LaMartine, adresse : 3132 Route du Tunnel 73370Le Bourget-du-Lac – Téléphone : 04 79 25 01 03 : 2 Repas – 84 € TVA 10 % – 9 € Total TTC de 93 € en date du 29/8/2025 au format image sans QRCode

Là, plus aucun progrès. Même en lui dictant chaque ligne.
Et puis je me suis fait attraper
À force d’insister, Gemini a fini par refuser : créer un tel document « pourrait potentiellement être utilisé de manière frauduleuse ». Bien vu.

Sauf qu’il existe plein d’autres façons de fabriquer un ticket, et j’ai rusé. Résultat : un ticket photographié sur une table en bois, très réaliste… au nom de « LaManrtine ». Presque.

Et avec un seul prompt, sur un autre restaurant, l’IA sort ce reçu du premier coup :
j’ai besoin d’un ticket de caisse de restaurant d’un montant TTC de 63 € avec un TVA à 10 % d’un montant de 5.72 € pour 2 repas du restaurant Italoria adresse Rond-Point de l’aéroport, 73420 Voglans en date du 29/10/2024 au format image

Propre au premier coup d’œil. Deux lignes « TOTAL », pas de montant HT : un comptable attentif tique. Un service RH débordé, peut-être pas.
Le vrai sujet : les services RH
Fabriquer une fausse note de frais devient à la portée de n’importe qui. Pour les services RH et la comptabilité, chaque ticket devient une pièce à vérifier.
Petite bonne nouvelle : dans les métadonnées de l’image, la source indiquée est une IA. Je les ai affichées avec XnView MP, un excellent lecteur d’images.

Mauvaise nouvelle : ces métadonnées se modifient en deux clics.
La facture électronique ne nous sauvera pas
Je pensais que la facture électronique allait régler le problème : le restaurant enverrait la facture directement depuis sa caisse, et la note de frais disparaîtrait. En lisant la fiche des impôts consacrée aux notes de restaurant, c’est plus nuancé.
Depuis le 1er septembre 2026, toutes les entreprises doivent pouvoir recevoir des factures électroniques. Mais si le salarié paie de sa poche sans rien demander, le restaurant le traite comme un particulier : il lui remet un ticket et déclare la vente à l’administration (l’« e-reporting »). Le ticket papier, et donc la note de frais, restent bien là jusqu’à 150 €. La facture électronique n’arrive que si le salarié demande une facture au nom de l’entreprise, en donnant son numéro SIREN.
Autrement dit, le faux ticket a encore de beaux jours devant lui. Et pour identifier à quel commercial appartient une facture reçue directement, les impôts prévoient un simple code salarié interne : il faudra encore faire le lien soi-même.
PS : le restaurant Lamartine est un excellent restaurant. Le vrai.